À l’occasion du cinquantenaire de la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), célébré du 24 au 25 juin 2025 à Abuja (Nigéria), l’ancien secrétaire exécutif de l’institution et ancien Premier ministre de la République de Guinée, Lansana Kouyaté, a marqué de sa présence cet événement historique. Dans son intervention, le leader politique a formulé des observations et recommandations en vue d’un meilleur fonctionnement de cette organisation ouest-africaine, fondée en 1975, qui œuvre pour la solidarité, l’intégration socioéconomique et la stabilité politique de la région.
Cependant, selon lui, l’évolution des défis régionaux a rapidement révélé les limites d’un secrétariat à structure légère, essentiellement exécutif, et dépourvu d’une véritable autonomie stratégique.
Pour Lansana Kouyaté, la transformation de la CEDEAO en une Commission visait à bâtir une organisation plus robuste et mieux équipée pour relever les exigences croissantes de l’intégration régionale. « Cette mutation a permis de renforcer la visibilité institutionnelle, de structurer les politiques régionales et de mieux coordonner nos réponses face aux crises. Mais la transformation reste inachevée », a-t-il souligné.
Il a également mis en lumière plusieurs défis persistants, notamment la concentration des postes entre certains pays, la lourdeur bureaucratique croissante, ainsi que les critiques récurrentes relatives à l’efficacité et à la gestion financière de l’organisation. « Ce n’est pas la taille de la Commission qui plombe nos finances. Ce sont les failles de gestion, les dépenses non maîtrisées et les pratiques en décalage avec les standards de bonne gouvernance. Voilà le vrai chantier », a-t-il déclaré. Il a ainsi plaidé pour une rationalisation juste et inclusive, rejetant toute réduction aveugle des effectifs qui pourrait compromettre la représentativité des pays moins influents.
Dans cette optique, Lansana Kouyaté a proposé un audit financier indépendant de toutes les institutions de la CEDEAO, et a suggéré l’adoption d’une règle claire interdisant à tout pays membre de détenir plus de deux postes de direction, afin de renforcer la confiance mutuelle et l’équilibre institutionnel.
Poursuivant son discours, il a exhorté la CEDEAO à recentrer ses priorités sur l’intégration économique et le développement inclusif, en investissant davantage dans des programmes concrets au bénéfice des citoyens, notamment de la jeunesse et de l’entrepreneuriat, pour que les retombées de l’intégration régionale soient tangibles. « Si nous voulons éviter l’écueil rencontré par l’Union européenne, où le sentiment de perte de souveraineté a conduit à des résistances populaires, nous devons bâtir une CEDEAO de proximité, une CEDEAO qui rassure, qui valorise, qui inclut », a-t-il conclu.
Mamadou Macka DIALLO
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