Projet de nouvelle Constitution : Mandat présidentiel, Sénat, DGE… Marc Yombouno donne son avis

Dans un entretien accordé à la rédaction de guinée114.com ce mercredi 2 juillet 2025, l’ancien ministre du Commerce, Marc Yombouno, également membre du Bureau politique national du RPG Arc-en-ciel, s’est exprimé sur plusieurs points du projet de nouvelle Constitution. Il a donné son avis sur le mandat présidentiel de sept ans proposé, la création de la Direction de gestion des élections (DGE), l’instauration d’un Sénat, la candidature indépendante et la non-prise en compte de certains articles de la Charte de la transition.

Voici l’essentiel de ses propos.

Sur le mandat présidentiel de 7 ans :

« Les constitutions sont l’émanation de la volonté du peuple. Mais généralement, depuis la première jusqu’à cette dernière proposition, ce que souhaite la population, c’est une amélioration prenant en compte ses préoccupations.

Lors du référendum de 2001 sous la Deuxième République, le mandat est passé de 5 à 7 ans. Si vous vous en souvenez, cela avait suscité beaucoup de débats et de problèmes à l’époque du président Lansana Conté. Ensuite, la Constitution de 2010 est revenue à un mandat de 5 ans renouvelable une seule fois.

Après toutes ces réflexions et les leçons du passé, les Guinéens s’étaient entendus sur un mandat de 5 ans. Qu’on revienne aujourd’hui à un mandat de 7 ans, je ne pense pas que cela soit justifié. Les arguments ne tiennent pas. »

Sur l’instauration d’un Sénat :

« On parle de la création d’un Sénat, ce qui serait une première. Mais est-ce une nécessité pour la Guinée ? Lorsqu’on compare les rôles entre l’Assemblée nationale et le Sénat, on constate que le mandat de l’Assemblée est fixé à 5 ans, contre 6 ans pour le Sénat.

Cela donne l’impression que les membres du Sénat, qui seront désignés ou élus au second degré, seront plus légitimes que les députés, ce qui pose problème. »

Sur la création de la DGE et l’OTIGE :

« Ce que je ne comprends pas, c’est qu’un décret a récemment institué une Direction nationale de gestion des élections (DGE) sous tutelle du ministère de l’Administration du territoire. Or, dans le projet de Constitution présenté à la RTG, il est question d’un Organe technique indépendant de gestion des élections (OTIGE).

C’est une contradiction : un organe technique indépendant ne peut pas être placé sous la tutelle d’un ministère. De plus, une direction, selon la loi guinéenne sur la fonction publique, est un service rattaché à une administration. Il y a donc incohérence entre le décret et le projet de loi fondamentale. »

Sur la non-reconduction des articles 46, 55 et 65 de la Charte de la transition :

« En tant qu’acteurs politiques et membres de la société civile, nous regrettons l’absence de reconduction des articles 46, 55 et 65 de la Charte de la transition dans les dispositions transitoires du projet de Constitution.

Ces articles prévoyaient notamment que les membres actuels des organes de transition ne peuvent pas se présenter aux futures élections. Cet engagement a été pris solennellement par serment, et il aurait dû être reconduit. Mais on n’en parle plus. »

Sur la candidature indépendante :

« Quelle est la nécessité de promouvoir la candidature indépendante ? Même dans des démocraties avancées comme les États-Unis, cela reste rare, et ce sont toujours les partis politiques – les Républicains et les Démocrates – qui dominent.

Dans les pays en développement, promouvoir la candidature indépendante à tous les niveaux – communal, régional, législatif et présidentiel – revient à créer une anarchie électorale. Cela mènera à la dissolution des partis politiques et à une ruée vers le pouvoir pour des intérêts personnels.

Ce n’est plus le patriotisme ou la conviction qui motivent les gens, mais l’enrichissement personnel. Si on permet à n’importe qui de se présenter sans filtre, ce sont les narco-trafiquants ou des personnes financées par des puissances étrangères qui risquent de diriger le pays.

La politique est une science, un art, et un pays doit être gouverné par des politiciens formés, pas par des opportunistes. Ceux qui veulent être riches doivent faire du commerce. Ceux qui veulent servir le pays doivent faire de la politique. Si on mélange les deux, les conséquences seront désastreuses. »

« Aujourd’hui, on rend les partis politiques responsables du retard du pays. Pourtant, depuis l’indépendance, seuls deux civils ont dirigé la Guinée ; tous les autres étaient des militaires. Qui a donc réellement causé ce retard ? Il est temps de redonner toute sa place à la politique et à ceux qui s’y engagent pour servir. »

Entretien réalisé par Mamadou Macka DIALLO

Tél. : 666 660 366

 

 

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