Doter chaque lopin de terre public ou privé d’un identifiant unique incorporé dans une base de données infalsifiables, tel est le nouveau défi que s’est fixée la direction préfectorale de l’habitat de Kankan. A peine entré en vigueur, ce dispositif commence à produire des effets escomptés.
Considérées comme principale source de conflits meurtriers dans la préfecture, ces dernières années, les transactions domaniales entre vendeurs et acheteurs se sont considérablement apaisées et les plaintes incessantes devant les tribunaux sont à la baisse. C’est du moins l’avis de nombreux citoyens interrogés à travers la ville. C’est le cas de Moussa Traoré ancien conseiller à la commune chargé des affaires domaniales. Dans les années 2000, ce septuagénaire dit avoir été victime de spoliation d’un héritage de dix parcelles au quartier Bordo en banlieue. Grâce à ce nouveau système digital, il affirme s’en être sorti victorieux après de longues années de bataille juridique infructueuse.
« Il y’a une très grande différence entre hier et aujourd’hui. L’équipe actuelle de l’habitat est en train de nous soulager. La disponibilité du directeur, Mr Abdoulaye Diakité envers nous les citoyens et les techniques qu’il fait dans son service sont en train de bander les anciennes méthodes d’hier :les superpositions, les mauvaises identifications et le double emploi des plans de masse ne sont plus possibles », soutient-il.
Dans les différentes sections de la direction préfectorale de l’habitat, employés et stagiaires, yeux rivés sur papier ou ordinateur travaillent en parfaite coordination dans l’élaboration de nouveaux dossiers à la demande et à la vérification des archives histoire de s’assurer de leur authenticité.
Un exploit innovant rendu possible par la mise en œuvre d’un nouveau système digital ultrasécurisé géré d’une main de fer par le directeur préfectoral de l’aménagement du territoire, chargé de la récupération du domaine foncier de l’État Abdoulaye Diakité. Cet ingénieur géodésien de 52 ans, pétri d’expérience, dépeint sans détour, le mal qui a gangrené le service habitat de Kankan durant des décennies.
« Il est important de savoir que dans la plupart des préfectures, il y avait des difficultés dans la gestion administrative et les plans cadastraux. A Kankan, c’était les grands problèmes. Même la simple numérotation posait problème parce que certains pensaient qu’on pouvait faire la numérotation de la gauche vers la droite et de la droite vers la gauche. Ors, il y’a un ordre qu’il faut respecter. Et, dès lors que vous mélanger, vous créer des conflits », déplore Abdoulaye Diakité. Et pour inverser ces tristes réalités poursuit Abdoulaye Diakité :
́’ nous avons pensé qu’il est important de changer la donne, faire en sorte qu’il y ait la digitalisation pour qu’on puisse avoir un plan cadastral généralisé et qu’on ait une vision générale de tous les quartiers de la commune urbaine notamment. Cette même politique va nous amener dans les communes rurales les plus éloignées possible, parce que les besoins en foncier ne font que se multiplier », dit-il.
Grâce à la digitalisation en cours, les conflits domaniaux ont baissé en intensité dans la ville de Nabaya et en périphérie. Une preuve de transparence des autorités saluée par les citoyens longtemps martyrisés par ce phénomène . Pour l’heure, seuls les quartiers de la commune urbaine et ceux des communes rurales les plus proches (Karifamoriah et Balandou) ont été répertoriées ors, il faut plus de moyens techniques et logistiques pour couvrir l’ensemble des sous-préfectures du ressort de Kankan.
Même si les conflits domaniaux occupent encore une place importante dans les procès des tribunaux à Kankan, le système de digitalisation en cours, initié par le ministère de l’urbanisme, de l’habitat et de l’aménagement du territoire se montre de plus en plus efficace. Les transactions domaniales deviennent de plus en plus fluides et la confiance se rétablit davantage entre l’administration cadastrale et les populations à la base.
Mamadi Cissé, correspondant régional


