Au 39ème sommet de l’Union Africaine, le président Mamadi Doumbouya à l’épreuve de la souveraineté économique

Lorsqu’il s’est exprimé devant ses pairs au 39ᵉ Sommet de l’Union africaine, le président guinéen Mamadi Doumbouya n’a ni haussé le ton ni cherché l’effet spectaculaire. Son discours n’avait rien d’une harangue révolutionnaire. Il 𝐫𝐞𝐬𝐬𝐞𝐦𝐛𝐥𝐚𝐢𝐭 𝐝𝐚𝐯𝐚𝐧𝐭𝐚𝐠𝐞 à 𝐮𝐧𝐞 𝐝é𝐜𝐥𝐚𝐫𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐝𝐞 𝐦é𝐭𝐡𝐨𝐝𝐞, 𝐮𝐧𝐞 𝐜𝐥𝐚𝐫𝐢𝐟𝐢𝐜𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐬𝐭𝐫𝐚𝐭é𝐠𝐢𝐪𝐮𝐞.
Mais derrière cette sobriété se joue une question fondamentale :𝐪𝐮𝐞𝐥𝐥𝐞 𝐩𝐥𝐚𝐜𝐞 𝐥𝐚 𝐆𝐮𝐢𝐧é𝐞 𝐞𝐧𝐭𝐞𝐧𝐝-𝐞𝐥𝐥𝐞 𝐨𝐜𝐜𝐮𝐩𝐞𝐫 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐥’𝐀𝐟𝐫𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐞𝐧 𝐦𝐮𝐭𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 ?

𝐋𝐞 𝐫𝐞𝐭𝐨𝐮𝐫 𝐝’𝐮𝐧 𝐝𝐞𝐬 𝐟𝐨𝐧𝐝𝐚𝐭𝐞𝐮𝐫𝐬 𝐝𝐞 𝐥’𝐨𝐫𝐠𝐚𝐧𝐢𝐬𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧.

La participation de la Guinée à ce sommet continental intervient après une période politique qui a profondément redessiné son paysage institutionnel. En rappelant l’avènement de la Cinquième République et la volonté souveraine du peuple guinéen, le chef de l’État a envoyé un signal clair : la Guinée veut apparaître comme un acteur stabilisé, engagé et fréquentable.
Dans le contexte ouest-africain actuel marqué par les transitions, les tensions sécuritaires et les recompositions géopolitiques le choix de la modération n’est pas neutre. Il traduit une stratégie : celle de la normalisation diplomatique et de la crédibilisation.
La souveraineté économique comme ligne directrice
« Il n’y a pas de souveraineté politique durable sans souveraineté économique. »
Cette phrase, au cœur du discours, mérite qu’on s’y attarde. Elle condense l’ambition affichée : rompre avec la dépendance structurelle sans tomber dans l’isolement.
Pour la Guinée, cette affirmation résonne avec une réalité concrète. Premier producteur mondial de bauxite, le pays demeure largement dépendant de l’exportation brute de ses ressources. Parler de transformation locale, d’industrialisation et de création de valeur n’est donc pas un simple exercice rhétorique : c’est une nécessité stratégique engagée par le président Mamadi Doumbouya dans le programme de développement 𝐒𝐢𝐦𝐚𝐧𝐝𝐨𝐮 𝟐𝟎𝟒𝟎.
En s’inscrivant dans la dynamique de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), le président guinéen adopte une posture intéressante : celle d’un souverainisme ouvert. L’intégration africaine n’est pas perçue comme une menace pour la souveraineté, mais comme un levier pour la renforcer.
C’est là une évolution notable du discours politique africain contemporain.
Un panafricanisme pragmatique
En évoquant l’héritage des pères fondateurs de l’Organisation de l’Unité Africaine, ancêtre de l’UA, le président Mamadi Doumbouya s’inscrit dans une tradition historique. Mais il le fait sans emphase idéologique.
Le panafricanisme revendiqué ici n’est pas celui des grandes proclamations lyriques. Il est celui des infrastructures, des chaînes de valeur, du capital humain et, fait nouveau, de l’intelligence artificielle.
Nous assistons à une mutation : le passage d’un panafricanisme symbolique à un panafricanisme opérationnel.
Et pourtant, une interrogation persiste : les États africains, y compris la Guinée, disposent-ils des outils institutionnels et financiers pour concrétiser cette ambition ?
Le défi de la cohérence
L’industrialisation suppose des investissements massifs, une gouvernance transparente, une stabilité réglementaire et une capacité technique soutenue. Elle suppose également un contrat social solide, où la jeunesse abondamment évoquée trouve effectivement des opportunités.
La crédibilité du projet guinéen se jouera moins dans les sommets internationaux que dans la cohérence des politiques publiques nationales.
Entre ambition et responsabilité
Ce discours ne marque pas une rupture idéologique. Il ne cherche pas à redessiner l’ordre continental. Il propose une ambition mesurée : faire de la souveraineté économique le socle de la stabilité politique.
C’est une orientation pertinente. Mais elle engage une responsabilité immense.
Car l’Afrique, aujourd’hui, ne manque ni de visions ni de déclarations d’intention. Elle manque souvent de mise en œuvre rigoureuse.
La Guinée, riche de ses ressources et de sa jeunesse, a l’opportunité de démontrer que la souveraineté proclamée peut devenir la transformation tangible.
Au fond, le véritable test ne sera pas diplomatique. Il sera domestique.
Et c’est là que l’histoire jugera.

𝐀𝐛𝐨𝐮𝐛𝐚𝐜𝐚𝐫 𝐒𝐢𝐝𝐢𝐤𝐢 𝐂𝐚𝐦𝐚𝐫𝐚 𝐏𝐨𝐥𝐢𝐭𝐨𝐥𝐨𝐠𝐮𝐞 𝐞𝐭 𝐚𝐮𝐭𝐞𝐮𝐫

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