Guerre au Moyen-Orient : l’analyse du Dr Mohamed Cissé sur les conséquences économiques pour l’Afrique

Ce conflit armé soulève des enjeux intercontinentaux et n’offre pas de perspectives économiques favorables pour le continent africain. Les économies africaines, marquées par une forte dépendance aux énergies fossiles, sont vulnérables, surtout que plusieurs pays producteurs sont directement ou indirectement impliqués.

Environ 20% du commerce mondial de pétrole transite par le détroit d’Hormuz. Une interruption de ce corridor stratégique entraînerait une perturbation logistique majeure et une hausse substantielle des prix du brut. Même les nations productrices dont les exportations n’empruntent pas ce détroit pourraient subir des perturbations dues à des risques accrus de sécurité, ainsi qu’une augmentation des primes d’assurance maritime et des coûts de fret.

Certains pays africains producteurs comme le Nigeria et l’Angola pourraient bénéficier d’une hausse des cours. Cependant, l’impact global reste incertain : ces nations importent aussi des produits raffinés, ce qui pourrait réduire les gains.

Inflation importée et dépréciation monétaire
Une inflation importée est hautement probable. Les économies africaines, dépendantes des importations de biens de consommation (notamment alimentaires), risquent une dépréciation monétaire. L’ampleur dépendra de la structure et du solde de leurs balances commerciales.

De plus, les investissements directs étrangers (IDE) pourraient être freinés par l’incertitude géopolitique et la hausse du coût du capital, incitant les investisseurs à reporter ou réduire leurs projets.

Les coûts sociaux seraient considérables : hausse généralisée des prix, érosion du pouvoir d’achat et exacerbation des tensions, les revenus nominaux ne suivant pas le rythme de l’inflation.

Pour contrer ces incertitudes géopolitiques croissantes, les pays africains doivent renforcer leurs réserves stratégiques de carburant – ces conflits pouvant devenir récurrents. Il faut accélérer les projets hydroélectriques et pivoter vers les énergies renouvelables pour réduire la vulnérabilité énergétique.

Les perturbations logistiques appellent à diversifier les partenariats commerciaux et à moderniser les infrastructures portuaires et de transport, afin de baisser les coûts internes et booster la compétitivité.

Les producteurs de pétrole devraient investir dans des capacités régionales de raffinage et renforcer la coopération énergétique sous-régionale pour maximiser les bénéfices des hausses de prix du brut.

Pour les IDE, des incitations fiscales ciblées et temporaires sont pertinentes, en priorisant les projets à fort impact sur l’emploi et la valeur ajoutée locale.

Enfin, une coordination accrue entre le Trésor et la Banque centrale s’impose pour évaluer les mesures de mitigation des risques sociaux et leurs effets sur les équilibres monétaires et budgétaires, tout en maintenant une posture sereine sur les questions sociales.

Dr Mohamed Cissé

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