Moto-taxis à Conakry : entre survie quotidienne et dangers

La conduite des engins à deux roues (motos) dans les quartiers de Conakry est devenue une activité économique principale pour de nombreux jeunes. Fidèles à ce métier, trois taximans des quartiers populaires de la capitale guinéenne ont témoigné, ce vendredi 10 avril 2026, de leurs conditions de vie précaires.

Pour des jeunes comme Faya Tolno, diplômé en comptabilité, ce métier est un risque. Dans un entretien exclusif, il alerte sur les risques et appelle à une aide urgente de l’État.« Ce métier n’est pas du tout facile, mais nous patientons pour ne pas rester à la maison », confie Faya Tolno, jeune père de famille au guidon de sa moto-taxi. Les défis sont légion : fatigue extrême, routes impraticables dans les quartiers et risques d’accidents permanents.

Le danger le plus redouté reste la criminalité. « Ça ne s’arrête jamais. Il faut être extrêmement prudent. À tout moment, quelqu’un peut te déposséder de ta moto ou te tuer. L’État doit renforcer la sécurité pour les taximans. Nous ne sommes pas protégés : on peut être braqués à longueur de journée », met en garde M. Tolno.

À Yembeya, Moussa Keita, un autre taximan, renchérit avec un témoignage poignant : « Quand on prend des risques, il est souvent très élevé que l’avantage. Imagine : tu es en moto, tu conduis tranquillement, et soudain, quelqu’un déraille, sort des normes et te percute. Résultat : tu te retrouves avec une jambe ou une main cassée, à l’hôpital pour rien. Pire encore, il y a des bandits affamés et prêts à tout. À Conakry, la vie est déjà si dure. Tu comptes sur ta moto, ton seul moyen de te déplacer, et voilà qu’un type plus désespéré que toi arrive. Il essaie de te la voler, te blesse ou te tue pour un prix minable »

« Au moins, avec une moto, tu ne demandes à personne de t’en prêter une. Tu assumes ta responsabilité : tu te bats, tu tentes ta chance au fur et à mesure, même si ce n’est pas à 100%. Quand tes petits besoins surgissent, tu les gères sans déranger personne », ajoute-t-il

Avant de se lancer, Faya Tolno avait enchaîné les stages en comptabilité. « Avec les conditions difficiles de ma famille, j’ai opté pour ce métier. En Guinée, les stages ne sont pas payés, et personne ne soutient les familles. J’ai laissé tomber pour subvenir à mes besoins et me lancer dans d’autres activités. »

Malgré les ombres, l’autonomie reste un atout précieux : « Aujourd’hui, je suis indépendant. Je gagne de quoi couvrir mes besoins et ceux de ma famille. »

Kekoura Traoré, étudiant diplômé et taximan au quartier Petit-Simbaya, partage ce sentiment : « Il y a beaucoup de personnes qui minimisent ce métier. C’est un métier qui a des avantages : si tu es dedans, tu peux t’occuper de tes besoins primaires sans demander à quelqu’un d’autre. Par exemple, moi, je suis diplômé depuis 4 ans et au chômage. Pour ne pas rester sans rien faire, pour ne pas me transformer en délinquant, je préfère pratiquer ce métier. Parce qu’au moins, par jour, je peux encaisser 50 000 voire 100 000 GNF. En économisant, ça me soulage en peu de temps. »

Malgré les avantages, le jeune Traoré se souvient des inconvénients : « Il y a des vols de moto, tu peux te retrouver face à des bandits qui te font du mal et te prennent ta moto. Il y a le soleil, les intempéries, le vent qui te tape, ta peau qui se transforme, tu maigris. Dans la vie, comme on le dit souvent, il faut toujours se battre pour s’en sortir. Parce que quand c’est dur, c’est le plus dur qui avance. »

Malgré tout, il conseille ce métier à ses amis : « Ça te pousse à ne pas être délinquant, voleur ou brigand. »

Pour contrer l’insécurité, M. Tolno propose des mesures simples : « Les agents de sécurité, gendarmes et policiers doivent être plus présents dans les quartiers. Ainsi, nous pourrions au moins circuler en sécurité. »

Témoignage poignant de jeunes Guinéens coincés entre diplômes et les realités de ´la vie quotidienne.  L’histoire de ces taximans interpelle les autorités au plus haut niveau. Dans un pays où le transport informel fait vivre des milliers de familles, investir dans la sécurité et l’entretien des routes transformerait cette précarité en opportunité durable.

François Lelano

621498176

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