« Le cinéma guinéen occupe aujourd’hui une place de résilience et de reconquête ».
Au cours d’une interview accordée à la rédaction de guinee114.com ce vendredi 10 avril 2026, Bobo Herico, scénariste-réalisateur de Lagui+cinéma, a été amené à se prononcer sur plusieurs questions concernant le cinéma guinéen. La place du secteur, son essor, les difficultés des cinéastes sont entre autres sujets auxquels notre interlocuteur a répondu.
Nous vous proposons l’intégralité de l’interview.
Aujourd’hui, quelle place occupe le cinéma guinéen ?
Le cinéma guinéen occupe aujourd’hui une place de résilience et de reconquête. Après une période de silence, nous assistons à une présence de plus en plus marquée de nos œuvres sur la scène internationale. Je pense notamment aux deux dernières éditions du FESPACO, où la Guinée a été dignement représentée et a même remporté des trophées. Cela prouve que la qualité artistique de nos créateurs est au rendez-vous. Nous passons d’un cinéma de bricolage à un cinéma qui commence à s’imposer par son identité et son professionnalisme.
Peut-on dire aujourd’hui que le cinéma guinéen est en train d’amorcer un nouveau souffle ?
Le nouveau souffle est une réalité palpable. En 2026, ce n’est plus un espoir, ce sont des faits. On le voit à travers la régularité des sorties. À titre d’exemple, le film Kairaba de Fatoumata Kandé, qui sort ce 11 avril, si je ne me trompe pas. Il y a aussi la maison de production SCÉNARI de Jean Noël Bah qui produit deux séries de 60 épisodes chacune cette année, avec la deuxième saison de No warriwoo réalisée par Jean Noël Bah lui-même et la première saison de la série Djeydigal dont je suis co-scénariste et réalisateur qui est en ce moment en production dont je suis le réalisateur. Si on regarde aussi la série DRAP BLANC, c’est un projet de formation et de production dont on a fait venir des formateurs internationaux. Si on voit aussi la formation des initiatives comme MOURAMANYA ou SABOU CINÉ TALENT qui structurent le secteur. Et si on regarde aussi le fonds ARAKELI, dont moi-même je suis lauréat. C’est un fonds qui permet de produire des œuvres aux standards internationaux. Ce souffle est porté par une jeunesse qui n’attend plus, mais qui crée.
Quelles sont les difficultés auxquelles les scénaristes font face ?
En termes de volume de production, je dirais que nous ne produisons pas encore assez pour alimenter une véritable industrie cinématographique. Le financement. Aujourd’hui, la majorité des films reposent sur les fonds propres des maisons de production ou sur le soutien d’institutions internationales telles que l’ambassade de France avec le fonds ARAKELI, l’UNFPA, Expertise France, le centre culturel franco-guinéen avec le projet DRAP BLANC. Ce n’est pas suffisant. L’État guinéen n’a pas encore de fonds souverain dédié au cinéma. Bien que nous voyions les efforts du ministre de la Culture, M. Moussa Moïse Sylla, pour faire bouger les lignes, l’absence de ce levier financier limite notre capacité à produire massivement et à créer des emplois stables.
Quel message avez-vous pour les cinéastes guinéens ?
Le cinéma est un métier de haute précision qui demande des compétences pointues. Mon message est simple : formez-vous. La passion est le moteur, mais la formation est la boussole. C’est la qualité de notre travail qui nous rendra incontournables.
Un appel à l’endroit des autorités du pays pour finir ?
Aux autorités, soutenir le cinéma guinéen, ce n’est pas un luxe, c’est une stratégie économique. Le cinéma est un secteur hautement pourvoyeur d’emplois pour la jeunesse (technicien, acteur, logistique). J’appelle l’État à concrétiser la création de ce fonds d’aide à la création pour que la Guinée reprenne sa place de leader culturel en Afrique.
Entretien réalisé par Mamadou Macka Diallo 666 660 366


