L’émergence de l’Afrique : du défi de la maitrise de la science à l’intégration linguistique continentale(Opinion)

 

I. LES DÉFIS DE LA MAÎTRISE DE LA SCIENCE :

Il faut le reconnaitre, parler de langues africaines est problématique et attire parfois des regards pessimistes, surtout de la part des cadres et intellectuels africains. Ils voient en ce sujet, une perte de temps ; un retour à l’antiquité vu la diversité de langues en Afrique et les progrès techniques et technologiques que certaines nations ont déjà obtenu.

Pour eux, au lieu de perdre du temps à promouvoir nos langues qui ont pris du retard considérable, qu’il y’a lieu de se focaliser sur d’autres facteurs comme l’économie, la technologie, l’environnement etc.
Pourtant, aucun développement, quel que soit, n’est possible sans ‘’Connaissances’’. Ce sont ces connaissances qui améliorent considérablement, de manière graduelle tous les domaines de la vie d’une nation : social, culturel, économique et scientifique… C’est en cela on dit que développement est ‘’Multifactoriel’’ ou ‘’Multidimensionnel’’.

Les deux premiers facteurs (social et culturel) ont des caractéristiques différentes selon les peuples ou les sociétés.
Le dernier élément qu’est la ‘’Science’’ est cette œuvre qui facilite la vie à l’homme ; elle lui permet de la comprendre, de la connaitre mieux et de la dominer. Dans le temps ancien par exemple, l’homme voyageait à pied puis à cheval. De nos jours, c’est dans les engins roulants, volants et flottants grâce au progrès scientifique.

En jetant un coup d’œil dans le passé, nous pouvons affirmer qu’il n’y a aucun peuple où la science n’a pas existé ou n’existe pas. Mais les niveaux de progrès dans la découverte scientifique sont différents. Ce qui veut dire, qu’il y a des peuples ou des sociétés qui sont en avance dans le domaine scientifique par rapport à d’autres. Tel est le cas du continent africain de nos jours, comparativement aux autres nations du monde occidentale, asiatique etc.

Comment l’Afrique peut-elle rattraper son retard sur le plan scientifique ?

Comme l’a dit le feu Camarade Président Ahmed Sékou Touré que l’Afrique n’est pas en retard sur le plan culturel, elle n’est en retard que sur le plan scientifique et technique.

Précisons que la découverte scientifique n’est pas forcément liée à la langue. Elle est complètement indépendante d’elle. La langue n’est qu’un moyen utilisé pour expliquer et transmettre le savoir. Car, la langue se définie comme un système d’expression utilisée par un groupe de personnes. C’est à travers elle qu’une communauté ou un peuple transmet ses savoir-faire et savoir être. C’est à travers elle également qu’on transmet les connaissances scientifiques, à l’écrit ou à l’orale. La connaissance peut aussi se transmettre par imitation ou observation simple.

Etant donné que, par la nature des choses, il y a plusieurs groupes de personnes, par conséquent, il y a différentes langues selon l’espace et le temps. Alors, l’apprentissage de la science ne peut se faire dans une et unique langue. Cependant, quel qu’en soit la langue utilisée pour transmettre la science, le contenu reste le même. Car le résultat de 5+15 en malinké sera le même en anglais ou en chinois.

Les découvertes scientifiques se font par la curiosité et par la matière grise (esprit), et non par la langue. La langue n’est qu’un moyen de transmission. La science s’obtient par l’observation, la recherche et l’expérimentation. Mais la bonne compréhension et la bonne maitrise de cette science, en la transmettant par l’oral ou l’écrit n’est possible qu’à travers la langue que l’on maitrise le mieux. Et la langue que l’on maitrise le mieux, le plus souvent n’est d’autre que notre langue maternelle.

Selon le rapport ISU/UA, 2023 sur ‘’L’éducation en Afrique : Placer l’équité au cœur des politiques’’ le taux d’achèvement par cycle est comme suit :
Primaire : le taux d’achèvement est de 64 % ;
Premier cycle du secondaire (collège) : il chute à 45% ;
Second cycle du secondaire (lycée) : il n’est que de 27%.

L’une des principales causes citées de cette triste réalité est l’usage de langues étrangères au lieu des langues maternelles dès le primaire.
Ce qui sous-entend qu’en Afrique, particulièrement en Afrique subsaharienne, après plus 60 ans, notre système éducatif ne s’améliore pas, mais se détériore de jours en jour malgré parfois des investissements colossaux. Comment pourrons-nous maitriser les connaissances avec cette allure ? comment espérer une Afrique forte et émergente avec ce système ?

En plus de la non maitrise de la science, nous constatons également une assimilation du peuple africain à grande échelle. Mais cela ne semble pas inquiéter nos dirigeants.

Comme le disait Cheik Anta Diop : « Un enseignement qui serait donné dans une langue maternelle permettrait d’éviter des années de retard dans l’acquisition de la connaissance. Très souvent l’expression étrangère est comme un revêtement étanche qui empêche notre esprit d’accéder au contenu des mots qui est la réalité. Le développement de la réflexion fait alors place à celui de la mémoire. »

Une partie de la synthèse des experts en éducation de l’UNESCO vient conforter tout cela : «… Lorsque la langue utilisée à l’école n’est pas la première langue parlée par les enfants, le risque de déscolarisation ou d’échec dans les petites classes est plus élevé ». il affirme également : « Il est de plus en plus admis que les langues jouent un rôle vital dans le développement : gages de la diversité culturelle et du dialogue interculturel, elles sont aussi un moyen d’atteindre une éducation de qualité pour tous et de renforcer la coopération, de bâtir des sociétés du savoir inclusives et de préserver le patrimoine culturel, et de mobiliser la volonté politique en faveur de l’application des bienfaits de la science et de la technologie au service du développement durable ».

Ceci se conforte également par des données alarmant de l’Institut de Statistique de l’UNESCO (ISU) et Banque Mondial dans le ‘’Rapport sur la pauvreté des apprentissage’’ mise à jour 2022 qui affirment : « Près de 90% des enfants âgés de 10 ans en Afrique subsaharienne sont incapables de lire et de comprendre un texte simple…Moins d’un enfant sur trois achève le cycle primaire avec les compétences minimales requises en lecture et en mathématique… »

Il appartient donc aux différents Etats d’Afrique de renverser cette tendance, en faisant de nos langues, les langues d’enseignement dans nos établissements scolaires, et non des langues à enseigner.

Comment s’y prendre ?

1. Eviter le piège de l’enseignement bilingue transitionnel :
Nous devons tout d’abord savoir qu’il existe principalement trois modèles d’enseignement bilingue.
a. Le premier modèle est l’‘’Enseignement Bilingue Simultanée’’, appelé aussi ‘’Pédagogie Convergente’’ ou ‘’Bilinguisme Additif‘’. Il se veut introduire les langues (langue nationale – langue étrangère) en même temps dès le premier jour d’école. Certaines matières sont enseignées dans la langue nationale et d’autres dans la langue étrangère.
L’objectif est de développer une compétence égale dans les deux langues dès le début de la scolarité.

b. Le second est appelé ‘’Modèle de Transition Précoce’’ ou l’‘’Enseignement Bilingue Transitionnel’’. Il consiste à commencer l’alphabétisation et les premières années du primaire (généralement de CP1 au CE2) uniquement dans la langue nationale. On introduit ensuite progressivement la langue étrangère comme matière, puis elle devient la langue principale d’enseignement pour le reste du cycle.
L’objectif est d’utiliser la langue maternelle comme ‘’tremplin’’. L’enfant maitrise d’abord les concepts de base (lire, écrire et compter) dans sa langue, pour rendre ensuite l’apprentissage de la langue étrangère beaucoup plus facile et rapide.

c. Le troisième modèle est la ‘’Généralisation Longue’’. Ici, la langue nationale n’est pas un tremplin, elle reste la langue principale très longtemps. La langue étrangère n’est utilisée généralement au niveau primaire comme une matière. Mais la transition véritable vers la langue étrangère ne se fait qu’à partir du secondaire.

Parmi les trois modèles cités, le plus fréquent en Afrique est le second : ‘’Enseignement Bilingue Transitionnel’’. L’objectif est clair : maintenir le mieux que possible l’apprentissage à travers les langues étrangères. Et si nous remarquons également les deux autres modèles, ils concourent tous à la même finalité : avoir des outils performants pour maintenir la dépendance linguistique et psychologique.

Pour Solomana Kanté (l’inventeur de l’écriture N’ko, 1922-1987) : « nous ne devons pas obliger tout un peuple à apprendre une ou des langues étrangères. Ceux qui devraient apprendre les langues étrangères sont notamment des scientifiques (dans le but d’aller acquérir d’autres connaissances ailleurs), des diplomates dans le but de la coopération … »

Je partage ce point de vue, car si la masse populaire d’un peuple n’est pas former, il n’aura point de développement qu’on souhaite. Le temps a déjà prouvé qu’avec la langue étrangère comme langue d’enseignement, il y’a moins de réussite scolaire, plus d’abandon scolaire et moins de scientifiques. En d’autres termes, les conséquences d’apprendre qu’avec des langues étrangères au peuple sont d’ordre social, culturel, pédagogique, scientifique et psychologique…
Nous devons quitter dès maintenant dans le cycle infernal de l’expérimentation de modèles de l’enseignement bilingue pour aller vers la généralisation complète de l’enseignement dans nos langues nationales à tous les niveaux (primaire, secondaire, université).

2. Traduction des résultats des recherches scientifiques existantes :

Nous l’avons dit, et nous ne cesserons de le répéter que la plus grande problématique de l’acquisition des connaissances en Afrique reste et demeure les langues de transmission de ces connaissances. Pour changer cela et que l’enseignement dans nos langues africaines soient efficace, il y’a lieu de financer à grande échelle, la traduction des résultats des recherches scientifiques déjà existantes sur les mathématiques, physique, chimie, biologie, botanique, astronomie…Ces travaux de traduction permettront aux établissements scolaires à tous les niveaux d’être fourni en contenus.

3. Financement des recherches scientifiques, des inventions et des innovations :

L’un des secteurs le plus sous financer sur notre continent est le domaine de recherches. Comme on le dit souvent, c’est le parent pauvre. Or, ce secteur devrait obtenir beaucoup plus d’attention de nos Etats, si toute fois nous voulons rattraper nos retards sur le plan scientifique et technologique. Ce secteur, est l’un des plus grands leviers de la transformation quantitative et qualitative d’une société.

Le financement de ce secteur ne devrait pas se limiter au seul financement des projets dans les domaines de la physique, mathématique, chimique, biologique. Non, il devrait être élargi sur des projets allants dans le sens des recherches sur nos langues, nos patrimoines historiques, social et culturel.

Ce financement devrait s’élargir également sur le développement de la pharmacopée africaine qui est d’un support considérable dans la santé publique des nos peuples depuis des siècles.
Dans cette démarche de financement des recherches scientifiques, nous ne devons pas commettre l’erreur de croire que seules ceux qui seront dans le circuit scolaire ou institutionnel obtiendrons du financement. Il faut le dire, il y’a des génies qui inventent, qui innovent et qui ne fréquentent pas les cadres institutionnels. Il nous appartiendra de trouver les voies et moyens pour dénicher ces cas et de les encadrer.

Tous les résultats des travaux de recherche devront être écrits dans nos langues nationales. Pour ceux ou celles qui étaient hors cadres institutionnels et qui ont été dénicher, ceux-ci devraient suivre une formation rapide dans leur langue pour leur permettre de savoir lire et écrire. A défaut de cela, leurs inventions ou innovations devraient être écrites par une tierce dans une langue nationale ou même les langues nationales.

4. Financement d’un programme d’alphabétisation d’envergure :

Avec le nombre d’adultes (15 ans et plus) estimés à 200 000 000 d’analphabètes en Afrique, notamment en Afrique subsaharienne (ISU, 2025), ce « cycle d’apprentissage continu conduisant l’analphabète à l’acquisition de la lecture et de l’écriture » doit être l’un des programmes prioritaires pour une Afrique forte et émergente. L’outil le plus efficace dans ce programme est l’alphabétisation dans les langues maternelles ou langues premières des concernées et dans les systèmes d’écritures autochtones. Par exemple, rien que La.Ka.Fa (l’Association pour la Lutte contre l’Ignorance en Afrique), une structure se basant sur l’écriture N’ko alphabétise, par ses efforts propres, plus de 1 000 personnes par an (enfants non scolarisés et adultes) sur tout le territoire national guinéen depuis plus de 10 ans. D’autres font la même chose depuis des décennies comme ICRA-N’ko (Association pour l’Impulsion et la Coordination des Recherches sur l’Alphabet N’ko, créée depuis 1991 et présente en Guinée, Mali, Cote d’Ivoire, Nigeria, Liberia, Sera Leone Mauritanie) et N’Sa.La.Gna.Da (créée depuis 1993). Certains supports andragogiques ou pédagogiques existent déjà dans ce système d’écriture par les efforts conjugués de ses promoteurs comme le dictionnaire monolingue N’ko avec plus de 120 000 entrées, un dictionnaire bilingue de plus de 60 000 mots, des documents sur l’agriculture, l’élevage etc.

D’autres systèmes d’écritures existent également sur le continent qui peuvent être d’un apport considérable dans ce programme d’alphabétisation d’envergure dans nos différents pays d’Afrique comme Amharique, ADLaM, Tifinagh, Osmaniya, Bamoun, etc. car déjà, beaucoup de ces systèmes d’écritures sont intégrés dans les technologies informatiques comme traducteur automatique, les IA comme Gemini, Claude etc.

Ce processus d’alphabétisation doit continuer jusqu’à ce que l’école soit capable d’absorber tous les filles et fils d’Afrique.

II. A L’INTÉGRATION LINGUISTIQUE CONTINENTALE :

Quelle politique d’intégration linguistique sur le plan continental dans un contexte multilingue ?
Pour une intégration totale et inclusive en Afrique, il faut tout d’abord commencer ce processus à l’échelle pays, puis à l’échelle sous-régionale avant d’aboutir à l’échelle continentale.

1. Echelle Pays :

Globalement, tous les Etats africains regorgent plusieurs langues nationales.
Le premier défi à relever dans chaque Etat est tout d’abord l’officialisation de ses langues nationales pour avoir un cadre juridique adéquat, puis promouvoir ces langues comme langues d’enseignement. Nous devons aussi mettre en avant dans cette politique, nos systèmes d’écriture autochtones.
S’inspirant de la politique linguistique du premier régime de la République de Guinée (1968-1984), dans chaque zone ou région administrative d’un pays, la première langue sera la langue de l’enseignement de cette zone. L’enseignement dans cette première langue doit être totale. Au premier niveau du secondaire (collège), la seconde langue de cette région, plus une langue étrangère seront introduites comme matières. Au Lycée, la troisième langue de la région sera aussi introduite comme matière. Tout ceci en maintenant la première langue comme langue d’enseignement.
Ceci ne sera que la formalisation du multilinguisme naturel de la zone ou du pays, plus une ouverture vers le monde en y introduisant dans le cursus, une langue étrangère (deux au maxi). Pour ceux, individuellement pris veulent apprendre d’autres langues étrangères, ils peuvent s’inscrire dans un centre de formation spécialisé.
Au niveau national, nous devons connaitre la classification des langues en fonction du nombre de locuteurs de chacune des langues. Cela nous permettra de les classer par ordre : première, seconde, troisième, quatrième langue nationale etc. Cela doit être faite suite à une étude sociolinguistique sérieuse (si cela n’est pas encore fait). Car, une langue peut être la langue plus parler du pays et que les autochtones de cette langue ne sont pas les plus nombreux. De même, les autochtones d’une langue peuvent être les plus nombreux, mais leur langue n’est pas la plus parlée du pays. Une langue se classera la plus parlée quand elle est la plus partagée par plusieurs communautés.

Une fois cette étude terminée et que l’ordre des langues sont connues par pays, nous pouvons alors se projeter sur l’échelle sous-régionale.

2. L’échelle sous-régionale :

Une fois que l’ordre des langues selon les pays sont connues, dans les réunions sous-régionales, la première langue, et la seconde langue au plus de chaque Etat membre la sous-région devraient être admises dans les réunions. Par exemple, pour la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) qui compose 15 Etats membres (y compris Mali, du Niger et du Burkina Faso), deux langues aux maxi seront admises pour chaque Etat dans l’une desquelles les représentants d’un Etat pourront s’exprimer dans les rencontres. L’on se retrouvera alors avec environ 30 langues de communication à la CEDEAO. Mais, on pourrait bien se retrouver avec moins que ce chiffre comme langues de communication. Parce qu’il se trouve qu’il y’a des langues qui sont communes à plusieurs pays à la fois. Ce le cas des langues comme le Haussa, parlée au Nigeria, Ghana, Benin Togo, et Niger ; le Yorouba au Benin, Togo et Nigeria ; le groupe Mandenkan (Malinké, Dioula ou Diola, Bambara, Mandenko, Mandé, Mandinka) en Guinée, Mali, Côte d’Ivoire, Sénégal, Burkina Fasso, Gambie, Guinée-Bissau ; l’Ewé parlée au Togo, Benin et Ghana ; le Wolof au Sénégal, Gambie et Mauritanie ; le Fulfuldé ou Pular en Guinée, Mali, Côte d’Ivoire, Sénégal, Burkina Fasso, Gambie, Guinée-Bissau, Sera Leone, Niger ; et ainsi de suite.

Par ailleurs, il est possible qu’une langue ne soit pas la première ou seconde langue d’un pays, mais elle peut bien se retrouver dans la liste des langues de communication de la sous-région à travers un autre pays.
Une fois que le nombre de langues de communication est par sous-région, cela facilitera l’intégration au niveau continental.

3. L’échelle continental :

Les 5 premières langues de chaque sous-région devraient être retenues pour le niveau continental. Etant donné qu’il y’a 5 sous-régions en Afrique, nous pouvons déduire qu’il y’aura au niveau continental 25 langues retenues.
A ce niveau également, il est possible que ce nombre soit moins que 25, puisque certaines sous-régions ont des langues communes.
C’est seulement en ce moment-là que nous pourrons espérer l’atteinte de l’un des objectifs de l’agenda 2063 de l’Union Africaine en son numéro 42 qui stipule que : « …les langues africaines seront les fondements de l’administration et de l’intégration [africaine]. »

Les questions que l’on se pose sont entre autres : quels sont les actes concrets dans nos Etats africains allant dans le sens de cet agenda ? Pouvons-nous atteindre cet idéal d’ici l’échéance 2063 ?

Fait à Kagbelen Plateau, commune de Dubreka, République de Guinée 14.05.2026
Par Ibrahima Loncebalitè KONATE, Promoteur et Auteur N’ko ; Coordinateur Général de la Coalition pour la Promotion des Langues Maternelles-CoLaM.

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