Lors d’une conférence de presse tenue par le ministère de l’Assainissement, lundi 8 juin 2026, dans un réceptif hôtelier de Kaloum, le directeur de l’Agence nationale de Salubrité Publique (ANSP), Mamoudou Diané, a dressé un bilan sans complaisance de la situation de l’assainissement en Guinée, en particulier des opérations nocturnes de curage.
Selon lui, « de nombreux problèmes affectent le secteur : le manque d’investissements, l’incivisme de nos compatriotes, l’inadaptation des ouvrages, l’absence de mécanismes financiers, et bien d’autres difficultés. Malgré ces défis, le gouvernement, par le biais du ministère de l’Assainissement, de l’Hydraulique et des Hydrocarbures, multiplie les actions pour améliorer la gestion des déchets et prévenir les inondations. »
Diané a rappelé la réalité quotidienne : chaque Guinéen produit entre 0,7 et 1,5 kg de déchets par jour, un chiffre corrélé au niveau de revenu. « On ne peut pas empêcher une personne de produire des déchets, mais c’est la gestion de ces déchets qui pose problème. La composition des détritus complique la tâche : près de 60% sont des ordures ménagères biodégradables, tandis qu’environ 40% sont constitués de sacs plastiques et autres emballages persistants. Un simple sachet d’eau peut rester plus de 100 ans dans l’environnement », a-t-il souligné, dessinant une image saisissante du fardeau plastique qui obstrue les caniveaux, les rivières et les lieux publics.
Le directeur de l’ANSP a aussi évoqué l’héritage culturel perdu : « Autrefois nos parents utilisaient des peaux d’argile pour l’eau et des paniers pour aller au marché, des pratiques qui favorisaient la durabilité. Aujourd’hui, la généralisation des sacs plastiques a transformé le paysage : commerçants et ménages accumulent des emballages qui finissent dans la nature ou obstruent les canaux d’évacuation. »
Autre source majeure de pollution et de risque sanitaire : les boues de vidange. « Bien que de nombreux ménages possèdent des toilettes, leur vidange n’est pas toujours suivie d’un traitement digne de ce nom. Les camions hydrocureurs vident les fosses, mais les boues sont parfois déversées à l’air libre, avec des conséquences évidentes pour la santé publique et l’environnement. Pour remédier à cela, le gouvernement a lancé des initiatives, notamment la création de stations de vidange à Sonfonia, conçues pour collecter et traiter les boues issues des vidanges. D’autres structures similaires sont en préparation », a souligné M. Diané.
Sur la question des inondations, le ministère a travaillé en lien avec des organismes d’alerte, cités sous les sigles ANAM ou AMUS, pour recenser les zones à risque. « Trois cents sites inondables ont été identifiés. Un numéro vert a été mis en place pour que les citoyens signalent de nouveaux points critiques, et 120 sites sont considérés comme particulièrement préoccupants. Parmi eux, 34 font l’objet d’opérations nocturnes de curage le long des axes concernés », a précisé M. Diané. Il a toutefois rappelé que le risque d’inondation ne dépend pas uniquement des déchets, « mais aussi de caniveaux mal conçus, trop étroits, peu profonds, non couverts, de constructions anarchiques et de l’urbanisation sur des zones inondables. »
Le directeur de l’ANSP a salué l’engagement des ONG et des acteurs locaux qui se sont associés aux opérations de curage, parfois bénévolement. « Nous les remercions infiniment », a-t-il dit, appelant les médias à relayer largement la mobilisation des volontaires et invitant tous les citoyens à se joindre à cet effort collectif.
Il conclut sur une note à la fois réaliste et déterminée, citant Nietzsche : « Ce n’est pas le chemin qui est difficile, c’est le difficile qui est le chemin », pour affirmer que le travail est long, mais nécessaire et poursuivi jusqu’au bout.
François Lelano — 621 498 176


