La nomination de la nouvelle ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle, Bintou Keïta, par décret du président de la république, intervient dans un contexte marqué par de profondes turbulences au sein du système éducatif guinéen. Entre tensions sociales liées aux primes des enseignants, fraudes récurrentes lors des examens nationaux et drame ayant coûté la vie à l’élève Mamadou Djouma Diallo à Kindia, le secteur fait face à de nombreux défis structurels.
Interrogé ce mardi 28 juillet 2026, Sékou Kamano, secrétaire général à l’information et à la communication du Bureau exécutif national du Syndicat national de l’éducation (SNE), a salué cette nomination tout en exprimant des attentes claires à l’endroit de la nouvelle patronne du département. « Nous avons appris la nomination de Mme Bintou Keïta à la tête du ministère de l’Éducation nationale. Une décision que nous saluons, d’autant plus qu’elle relève du pouvoir discrétionnaire du président de la République », a-t-il déclaré, rappelant le rôle du syndicat comme « premier partenaire de l’État ».
Pour le responsable syndical, cette arrivée intervient à un moment critique. Il évoque notamment la grève de l’intersyndicale de l’éducation, dont le point culminant a été atteint le 3 janvier 2026, ainsi que les nombreuses irrégularités enregistrées lors des examens nationaux.
Le SNE déplore également l’absence de réponses appropriées des autorités précédentes face aux dénonciations. « Nous avions invité le ministre sortant à faire la lumière sur ces anomalies. Malheureusement, nous n’avons pas été pris au sérieux », regrette Sékou Kamano, évoquant une communication officielle jugée insuffisante.
Il estime par ailleurs que les sanctions prises jusqu’ici n’ont pas ciblé les véritables responsables. « Les élèves emprisonnés ne sont que des dommages collatéraux. Les véritables acteurs des fraudes sont encore en poste », a-t-il affirmé.
Dans ce contexte, le syndicat appelle la nouvelle ministre à poser des actes forts dès sa prise de fonction. Parmi les priorités évoquées figure la mise en place d’un audit indépendant pour examiner l’ensemble du processus des examens 2026. « Il faut remonter à la source, analyser les copies, identifier les centres, les surveillants et situer les responsabilités », insiste-t-il.
Autre recommandation : permettre à la ministre de constituer librement son équipe. « Si elle ne peut pas composer son propre cabinet, elle risque de buter aux mêmes pratiques qui ont affaibli le système », prévient le syndicaliste, soulignant la permanence de certains cadres à travers plusieurs équipes ministérielles.
Malgré les critiques, M. Sekou se dit confiant quant à la capacité de la nouvelle ministre à impulser un changement, à condition que des réformes profondes soient engagées.
Dans les prochains jours, le syndicat prévoit de soumettre un mémorandum détaillant l’état des lieux du système éducatif, des problèmes de base jusqu’aux plus hautes instances, ainsi que des propositions de solutions. « Il reviendra à Mme Bintou Keïta de prendre la pleine mesure de la situation afin d’apporter des réponses adaptées », conclut Sékou Kamano.
À noter que la nouvelle Ministre de l’Éducation nationale, de l’Alphabétisation, de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle, Mme Bintou Keita était précédemment représentante spéciale du secrétaire général des Nations unies au Congo.
François Lelano 621498176
