À l’occasion de la Journée internationale des gardes forestiers, célébrée ce 31 juillet, Mamadou Diawara, directeur exécutif de Guinée Écologie, rend hommage aux femmes et aux hommes qui assurent la protection des écosystèmes forestiers guinéens. Dans un entretien accordé à notre rédaction, il appelle les autorités à renforcer les moyens humains, matériels et financiers des éco-gardes, tout en alertant sur les menaces croissantes qui pèsent sur le patrimoine forestier national.
Des sentinelles de la biodiversité
Célébrée chaque 31 juillet, la Journée internationale des gardes forestiers met à l’honneur ces professionnels chargés de protéger les forêts, la faune sauvage et les aires protégées. Pour Mamadou Diawara, cette commémoration est avant tout un moment de reconnaissance envers celles et ceux qui exercent un métier à haut risque.
« C’est un moment de mémoire pour tous les gardes forestiers tombés dans l’exercice de leurs fonctions. C’est un métier qui exige un engagement total, parfois au prix de leur vie », souligne-t-il.
Il rappelle qu’entre juin 2023 et mai 2024, 144 gardes forestiers africains ont perdu la vie en service. À l’échelle mondiale, plus d’un millier d’entre eux ont été tués au cours de la dernière décennie.
Les premiers défenseurs du patrimoine naturel guinéen
Dotée d’une biodiversité remarquable, la Guinée abrite une partie du hotspot de biodiversité des forêts guinéennes d’Afrique de l’Ouest, reconnu comme l’un des plus importants au monde pour la conservation des espèces.
Dans ce contexte, Mamadou Diawara considère les gardes forestiers comme les premiers remparts contre la dégradation des écosystèmes.« Les gardes forestiers sont les premiers défenseurs de notre patrimoine naturel. Sans eux, il serait impossible de préserver efficacement nos aires protégées », affirme-t-il.
Au-delà de la surveillance, ces agents assurent également des missions de sensibilisation environnementale, d’éducation des populations, de suivi de la faune et de médiation avec les communautés riveraines.
Des forêts sous forte pression
Malgré leur engagement, les gardes forestiers évoluent dans un contexte de plus en plus difficile. Selon Mamadou Diawara, la Guinée a perdu près de 149 000 hectares de forêts naturelles entre 2021 et 2024.
Cette régression est principalement liée à l’agriculture itinérante sur brûlis, aux feux de brousse, à l’exploitation forestière illégale, à la production de charbon de bois ainsi qu’à l’expansion des activités minières.
À ces pressions s’ajoute un déficit important de personnel.
« Les effectifs actuels restent largement insuffisants pour assurer une surveillance efficace de l’ensemble des espaces forestiers et des aires protégées », déplore-t-il.
Il rappelle également que les populations vivant à proximité des massifs forestiers dépendent fortement des ressources naturelles pour leur subsistance, ce qui renforce la nécessité de développer des solutions conciliant conservation et développement local.
Des conditions de travail à améliorer
Pour le directeur exécutif de Guinée Écologie, les difficultés rencontrées par les gardes forestiers ne concernent pas uniquement les risques liés à leur mission.
Le manque d’équipements adaptés, l’insuffisance des formations, la faiblesse de la couverture sociale, l’absence de primes d’encouragement et les moyens logistiques limités réduisent considérablement leur efficacité sur le terrain.
« On ne peut pas demander à ces hommes de risquer leur vie pour protéger un patrimoine national sans leur donner les moyens nécessaires d’accomplir leur mission », insiste Mamadou Diawara.
Miser sur les communautés et renforcer la gouvernance
Face à ces défis, il recommande un renforcement des effectifs, la modernisation des équipements de surveillance et de communication, ainsi qu’une amélioration significative des conditions sociales des gardes forestiers.
Il plaide également pour une approche participative associant davantage les communautés locales à la gestion durable des ressources naturelles.
« La conservation ne peut réussir sans l’implication et la responsabilisation des communautés locales », affirme-t-il, précisant que Guinée Écologie développe déjà plusieurs initiatives reposant sur cette approche.
Enfin, il appelle à une meilleure coordination entre les services forestiers, les forces de défense et de sécurité ainsi que les autorités judiciaires afin de lutter plus efficacement contre les infractions environnementales.
En cette Journée internationale des gardes forestiers, Mamadou Diawara invite les autorités publiques, les partenaires techniques et financiers ainsi que les citoyens à reconnaître le rôle stratégique de ces acteurs de première ligne.
« Protéger nos forêts, c’est protéger notre avenir. Les gardes forestiers sont les gardiens de cet héritage naturel. Cette journée doit nous rappeler notre responsabilité collective envers eux », conclut-il.
Mariama Sadjo Camara pour Guinee114.com


