ECO : pourquoi des économistes plaident pour le maintien du franc guinéen avant toute adhésion à la monnaie unique?

Conakry – Dans son message adressé au Conseil des ministres du jeudi 30 juillet 2026, le président guinéen, le général Mamadi Doumbouya, a insisté sur l’importance de la monnaie nationale dans la stratégie économique du pays. Il a rappelé que la Guinée « bat sa monnaie depuis plus de 65 ans » et qu’elle a développé une politique monétaire destinée à préserver les intérêts de sa population. Pour plusieurs économistes et analystes, le pays gagnerait, dans l’immédiat, à préserver sa souveraineté monétaire afin de consolider les fondements de son économie avant d’envisager une intégration monétaire régionale.

Dans deux tribunes publiées récemment, l’entrepreneur et coach Bella Bah ainsi que l’économiste Yaya Keïta défendent une analyse convergente : la priorité de la Guinée ne réside pas dans un changement de monnaie, mais dans la transformation structurelle de son économie.
Selon eux, la Guinée dispose d’atouts considérables grâce à l’abondance de ses ressources naturelles, notamment la bauxite, le minerai de fer, l’or, le diamant et plusieurs minerais critiques. Toutefois, ces richesses continuent de générer une valeur ajoutée limitée pour l’économie nationale, faute d’une transformation locale suffisante.

Les deux auteurs estiment que les véritaECO : pourquoi des économistes plaident pour le maintien du franc guinéen avant toute adhésion à la monnaie unique les priorités sont l’industrialisation, le développement des chaînes de valeur, la création d’emplois, la modernisation de l’agriculture ainsi que l’amélioration des infrastructures, bien plus que l’adoption d’une monnaie commune.
Pour Yaya Keïta, une union monétaire ne constitue pas, à elle seule, un moteur de développement économique. Elle représente plutôt l’aboutissement d’un processus de convergence entre les économies, fondé sur la stabilité macroéconomique, la discipline budgétaire, la diversification de la production et une compétitivité suffisante.« Ce choix ne doit ni être interprété comme un repli sur soi ni comme un rejet de l’intégration régionale. Il peut, au contraire, traduire une approche responsable : celle qui consiste à construire d’abord des fondations économiques solides avant de partager sa souveraineté monétaire.
Depuis plusieurs années, un raccourci s’est imposé dans le débat public : intégrer une monnaie commune serait automatiquement synonyme de progrès économique. Cette idée mérite d’être nuancée.
Une monnaie unique n’est pas un moteur de développement ; elle est l’aboutissement d’un processus de convergence économique. Sans discipline budgétaire, sans stabilité macroéconomique, sans diversification productive et sans économies suffisamment compétitives, une union monétaire risque davantage d’exposer les fragilités qu’elle ne les corrige », explique-t-il.

Les partisans du maintien du franc guinéen estiment également que la souveraineté monétaire offre à l’État une plus grande marge de manœuvre pour accompagner les grands projets structurants, notamment le projet minier de Simandou, appelé à transformer l’économie nationale grâce aux investissements attendus dans les infrastructures, l’industrie et les chaînes de valeur locales.
Bella Bah partage cette analyse. Pour lui, la priorité doit être accordée à la transformation locale des ressources minières, au renforcement du tissu industriel, à l’amélioration de l’accès au crédit, aux investissements dans l’éducation, la santé et les infrastructures, ainsi qu’au renforcement des capacités de la Banque centrale.« La Guinée ne manque ni de ressources ni de potentiel. Elle détient des réserves exceptionnelles de bauxite, de minerai de fer, d’or, de diamant et de nombreux minerais critiques qui seront au cœur de l’économie mondiale des prochaines décennies. Le problème n’est donc pas notre monnaie. Le problème est que nous exportons encore trop de matières premières brutes au lieu de les transformer localement.
Une monnaie nationale est un outil économique. Elle permet d’adapter la politique monétaire aux réalités du pays, de soutenir l’investissement, de financer les infrastructures et d’accompagner l’industrialisation. Abandonner cet outil sans avoir bâti une économie solide reviendrait à se priver d’un levier stratégique au moment où la Guinée s’apprête à tirer pleinement parti de projets majeurs comme Simandou », affirme-t-il.
Au-delà de la question de l’ECO, ces prises de position remettent au centre du débat le choix du modèle de développement économique que la Guinée entend privilégier. Elles soulèvent une interrogation de fond : faut-il d’abord bâtir une économie diversifiée, industrialisée et compétitive avant de partager sa souveraineté monétaire, ou l’intégration monétaire peut-elle, à elle seule, accélérer cette transformation ?
Pour ces économistes, la réponse est claire : la réussite d’une monnaie commune dépend avant tout de la solidité des économies qui la composent. Dans cette perspective, la consolidation du franc guinéen apparaît comme une étape préalable, plutôt qu’un obstacle, à une future intégration régionale.

Guinee114.com

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