En marge de la plénière extraordinaire de l’Assemblée nationale de Guinée, tenue le 3 août 2026 et consacrée à l’examen de plusieurs accords de financement ainsi que du projet de loi d’habilitation autorisant le chef de l’État à légiférer par ordonnances pendant les vacances parlementaires, l’honorable Mory Kaba a formulé une proposition clé concernant la gestion des financements extérieurs. Avant de développer son idée, le député s’est appuyé sur un constat préalable.
« Ces derniers temps, lorsqu’on évoque les modes de financement, nous entendons souvent parler d’aide ou de financements extérieurs. En examinant le coût des différents projets mentionnés précédemment, on constate que nous avons essayé de mobiliser des montants sur les marchés financiers.
Cependant, nous devons tirer des leçons de ce que nous vivons au quotidien. Tout à l’heure, j’ai constaté que nous avons contracté un emprunt auprès d’un réseau de banques en Guinée. Pourtant, selon notre analyse, nous constatons qu’il n’existe pas de banque appartenant en propre aux Guinéens. Récemment, j’ai toutefois noté que la Banque Islamique appartient de plein droit à un consortium guinéen », a fait savoir Mory Kaba.
Le député suggère au gouvernement de favoriser l’émergence de champions économiques locaux, ce qui permettrait à l’État de s’endetter directement auprès de ces institutions nationales. « Au lieu d’aller chercher systématiquement des fonds sur les marchés financiers internationaux, nous pouvons créer nos propres champions locaux dans le secteur tertiaire : les banques, les assurances, les mutuelles, etc. Cela nous permettrait d’emprunter directement auprès de ces institutions, notamment dans le cadre des partenariats public-privé (PPP) que nous développons. L’État doit susciter l’émergence de ces champions locaux afin de créer une économie circulaire », a-t-il martelé.
Et d’ajouter, il rappelle : « En 2025, j’ai constaté que pour l’ensemble des régies financières de l’État guinéen, les montants des comptes de résultat s’élevaient à plus de 800 milliards de francs guinéens. Seule l’AGUIPE (Agence Guinéenne pour la Promotion de l’Emploi) a versé 19 % de ce montant au Trésor public. Or, cet argent appartient à l’État. Dès lors que ces sommes dépassent les 800 milliards de francs guinéens, je ne vois pas pourquoi nous devrions aller chercher des montants équivalents à l’extérieur, sur les marchés financiers, alors que ces ressources sont disponibles localement. Un capital inutilisé a une valeur économique nulle », a-t-il souligné avant de faire des recommandations.
« C’est pourquoi je recommande d’examiner de près ces comptes de résultat afin qu’ils contribuent davantage à la planification budgétaire et à la satisfaction des besoins vitaux de la population. Un intervenant évoquait tout à l’heure le coût de certains projets, et c’est une question légitime. Prenons un exemple simple : si un téléphone coûte 15 millions de francs guinéens, on peut vous proposer de l’acquérir pour 22 millions sans intérêts apparents. Or, dans les écoles de guerre économique, chacun sait que le « gratuit » n’existe pas. Quand on voit que le déficit de l’État français atteint 125 % de son PIB, on comprend que les pays partenaires font eux aussi face à d’importantes contraintes financières », a laissé entendre Honorable Kaba.
Il s’est également exprimé sur la construction de raffineries sur le sol guinéen. Selon lui, tant que ces infrastructures ne reviendront pas à l’État, des obstacles persisteront dans l’atteinte des objectifs fixés dans ce secteur. « Même si nous construisions 10 000 raffineries sur notre sol, l’élément déterminant n’est ni leur localisation géographique, ni les montants générés, mais la propriété des actifs. Tant que ces installations n’appartiendront pas à l’État guinéen, nos objectifs se heurteront aux mêmes blocages. C’est pourquoi il est crucial de structurer nos politiques publiques avec une vraie vision stratégique et idéologique. Il faut dépasser le cadre établi : le modèle libéral classique préconise le désengagement de l’État de l’économie, mais l’histoire montre que toutes les grandes puissances se sont développées en conservant des unités de production stratégiques d’État pour engager des fonds et répondre à leurs obligations. La Guinée doit s’inscrire dans cette voie, et nous allons travailler conjointement dans ce sens pour défendre les intérêts du pays », a conclu le député.
Mamadou Macka DIALLO
666 660 366


