La république de Guinée par la voix de son ministre de la Culture, Moussa Moise Sylla a officiellement engagé des démarches auprès de la France pour obtenir la restitution du crâne de l’Almamy Bokar Biro Barry et de trois de ses compagnons. L’annonce a été faite par le ministre lors de son passage aux ondes de RFI. Conservés dans les collections françaises depuis plus d’un siècle, ces organismes humains sont considérés par Conakry comme un élément majeur du patrimoine historique et mémoriel pour le pays.
La demande a été déposée le 27 juillet 2026 auprès des autorités françaises. Selon le ministre guinéen de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat, Moussa Moïse Sylla, cette initiative intervient après une première requête concernant les objets personnels de l’Almamy Samory Touré, autre grande figure de résistance africaine face à la colonisation française.
Le ministre a rappelé que les recherches menées à la demande de la Guinée ont permis de retrouver les restes de Bokar Biro Barry ainsi que ceux de trois de ses proches : « son frère, son père et son chef de guerre. »
Bokar Biro Barry, une figure emblématique du Fouta-Djalon
Dernier Almamy de l’État théocratique du Fouta-Djalon, Bokar Biro Barry a occupé une place centrale dans l’histoire politique et religieuse de cette région à la fin du XIXe siècle. Chef de guerre et défenseur de l’indépendance du Fouta-Djalon, il s’est opposé à l’avancée coloniale française qui cherchait alors à intégrer ce territoire à son empire en Afrique de l’Ouest.
Après sa défaite en 1896, les autorités coloniales françaises auraient emporté son crâne en métropole. Conservé aujourd’hui au Musée de l’Homme à Paris, ce reste humain est devenu au fil du temps un symbole des débats sur les conséquences de la colonisation et la restitution des patrimoines africains. Pour les autorités guinéennes, Bokar Biro n’est pas un simple personnage historique, mais un héros national ayant marqué la lutte pour la défense de la liberté.
Une procédure facilitée par la nouvelle législation française
La demande guinéenne intervient dans un contexte international marqué par une volonté croissante de restitution des biens culturels et des restes humains issus de la période coloniale. En France, une loi adoptée en 2023 permet désormais d’encadrer la restitution de certains restes humains conservés dans les collections publiques.
Dans ce cadre, la Guinée a mis en place un comité scientifique chargé d’accompagner le processus et de préparer les différentes étapes liées au retour de ces restes. Les autorités guinéennes espèrent une restitution dans un délai maximum d’un à deux ans.
Pas d’exposition, mais une inhumation digne
Contrairement à certains objets patrimoniaux destinés à être exposés dans des musées, les restes de Bokar Biro devraient connaître une autre destinée après leur retour en Guinée. Les autorités souhaitent une inhumation digne, conformément aux traditions culturelles du pays. « Exposer un crâne chez nous, ça ne se fait pas. Les restes humains doivent être enterrés dignement », explique Mohamed Amirou Conté, directeur du Musée national de Guinée et membre du comité scientifique.
La question du lieu d’inhumation reste encore à trancher. Deux options sont envisagées : Conakry, la capitale actuelle, ou Timbo, l’ancienne capitale politique du Fouta-Djalon.
Un hommage national annoncé pour le dernier Almamy
En cas de restitution effective, Bokar Biro Barry devrait bénéficier d’obsèques nationales en reconnaissance de son rôle historique. Pour les autorités guinéennes, son retour sur la terre de ses ancêtres représenterait un acte fort de réconciliation avec l’histoire et de transmission de la mémoire aux générations futures.
Après Samory Touré, dont les objets personnels font également l’objet d’une demande de restitution, la Guinée poursuit ainsi son engagement pour récupérer des éléments essentiels de son patrimoine historique.
Au-delà du cas de Bokar Biro, cette démarche s’inscrit dans un mouvement continental où plusieurs pays africains réclament le retour de biens et de restes humains emportés durant la période coloniale.
Le retour du dernier Almamy du Fouta-Djalon serait donc bien plus qu’une restitution : il symboliserait la reconnaissance d’une page importante de l’histoire guinéenne.


