Après le retour des restes de Bokar Biro, que comptent faire les autorités guinéennes ?

Restitution et mémoire — Le retour en Guinée des restes de l’Almamy Bokar Biro et de ses compagnons ne devrait pas se limiter à une simple opération de rapatriement. Les autorités guinéennes envisagent d’en faire un moment majeur de mémoire nationale, avec des funérailles solennelles, des hommages officiels et un travail de documentation destiné à transmettre leur histoire aux générations futures.

Identifiés au sein des collections du Muséum national d’Histoire naturelle, à Paris, les restes de quatre figures historiques liées à l’Almamy Bokar Biro ont été retrouvés : ceux de Bokar Biro Barry, de son fils Mody Sory, de son frère Tierno-Siré et de l’un de ses chefs de guerre, Satigué Modou.
Mais une question se pose désormais : que compte faire la Guinée une fois ces restes rapatriés ?
Des funérailles solennelles envisagées
Selon le ministère de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat, les restes de l’Almamy Bokar Biro et de ses compagnons ne sont pas destinés à être exposés dans un musée.
Le gouvernement prévoit plutôt un retour dans la dignité, conformément aux traditions et coutumes guinéennes. De grandes funérailles devraient être organisées, accompagnées d’oraisons funèbres et d’hommages à ces figures de la résistance à la pénétration coloniale.
Après ces cérémonies, les restes devraient être inhumés.
Pour les autorités, l’objectif est de permettre à ces figures historiques de retrouver leur terre et de recevoir les honneurs qui leur sont dus, près de 130 ans après leur mort.
Faire du retour de Bokar Biro un acte de mémoire nationale
Au-delà de la cérémonie, le ministère entend inscrire cette restitution dans une démarche plus large de préservation de la mémoire historique guinéenne.
Le retour des restes de Bokar Biro devrait ainsi s’accompagner d’un important travail scientifique : recherche documentaire, collecte de témoignages, identification des archives et numérisation des éléments liés à l’histoire du Fouta-Djalon et à la résistance à la colonisation.
Le Centre d’Innovation et de Recherche pour le Développement (CIRD), dirigé par la Dre Safiatou Diallo, accompagne notamment cette démarche.
Cette opération s’inscrit dans un programme plus vaste de recensement et de documentation du patrimoine culturel guinéen, qui doit contribuer à l’élaboration d’un Livre blanc sur le patrimoine culturel guinéen.
Une mémoire à transmettre aux générations futures
Pour le département de la Culture, la restitution ne constitue donc pas une fin en soi. Elle doit permettre à la Guinée de mieux documenter son histoire et de donner aux jeunes générations un accès plus direct à son patrimoine.
L’ambition affichée est de faire de ces figures historiques des repères de mémoire, à travers la recherche, l’éducation, les archives et les initiatives culturelles.
Cette démarche s’inscrit également dans la vision Simandou 2040, qui fait de la culture et de l’éducation des leviers du développement national.
Samory Touré, autre dossier de restitution
Le dossier Bokar Biro n’est d’ailleurs pas isolé. Les autorités travaillent parallèlement au retour des biens personnels de l’Almamy Samory Touré.
Parmi ces objets figurent notamment son Coran et son chasse-mouche, symbole de pouvoir. Le Coran de Samory Touré est appelé à devenir l’une des pièces majeures du futur Musée du livre et des écritures africaines de Conakry.
À travers ces deux opérations, la Guinée veut ainsi passer de la restitution à la réappropriation de sa mémoire : récupérer les objets et les restes de ses grandes figures historiques, mais surtout les documenter, les transmettre et leur redonner une place dans le récit national.
Après le retour de Bokar Biro, le véritable enjeu sera donc de savoir comment la Guinée préservera, racontera et transmettra cette mémoire retrouvée.

Guinee114.com

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