TAYAKI: l’avancée de la mer bouleverse le quotidien des populations

Dans la commune de Sonfonia, les effets du changement climatique se font de plus en plus visibles. L’avancée de la mer, la dégradation des terres, la disparition progressive de certaines activités économiques et les difficultés d’accès à l’eau affectent directement les conditions de vie des populations.

Pour Ousmane Marco Syllla, habitant de la localité depuis plusieurs décennies, la transformation de Tayaki est particulièrement frappante. Né en 1969 et ayant grandi à Coronthie, il explique vivre à Tayaki depuis les événements de 1977. « Il y a une grande différence entre l’état de Tayaki d’hier et celui d’aujourd’hui », témoigne-t-il. Selon lui, autrefois, la mer se trouvait à plusieurs kilomètres des habitations. « Il fallait marcher quatre à cinq kilomètres avant d’atteindre l’eau de mer. Aujourd’hui, malheureusement, la mer avance jusque dans les concessions », déplore-t-il.

Cette avancée du littoral a profondément perturbé les activités traditionnelles de la population. La production de sel, la pêche, la collecte des crabes et la riziculture, qui constituaient autrefois des sources importantes de revenus, sont aujourd’hui fortement menacées.« Quand il pleut, l’eau entre désormais dans nos concessions », explique Ousmane Marco Sylla, qui décrit une situation devenue particulièrement difficile pour les habitants.

Des populations confrontées à de multiples difficultés

Au-delà de l’érosion et de la montée des eaux, les habitants dénoncent également le manque d’eau, la disparition de certains espaces traditionnels et la pression foncière.  Selon un autre citoyen interrogé, plusieurs lieux de culte ainsi que des espaces traditionnellement consacrés à la production de sel ont été détruits. Certaines activités agricoles ont également fortement diminué.« Il ne nous reste pratiquement que la pêche. Mais même cette activité est menacée par des bateaux qui se trouvent sur la côte. Ils endommagent nos filets et nos pirogues », dénonce-t-il.

La question du déplacement des populations constitue également une source d’inquiétude. « Si nous quittons Tayaki, où allons-nous partir ? C’est ce qui nous inquiète le plus », souligne cet habitant, qui appelle les autorités à venir constater directement la situation sur le terrain.
Les habitants dénoncent par ailleurs une forte pression sur les terres, avec l’installation de personnes extérieures à la localité et la vente progressive de parcelles.

Des déplacements liés au changement climatique

La situation de Tayaki s’inscrit dans un phénomène plus large qui touche plusieurs zones côtières de Guinée. Pour Alpha Kaloga, de Green Transformation 2050, des localités comme Kaback, Kacossa ou Tayaki sont confrontées à des phénomènes qui ont déjà contraint certaines familles à quitter leurs terres ancestrales.« Derrière chaque déplacement climatique, il y a des histoires, des repères perdus et parfois une part de notre patrimoine culturel qui est totalement effacée », explique-t-il.

Selon cet acteur de la société civile, certaines conséquences du changement climatique dépassent désormais les capacités d’adaptation des communautés. Une situation qui renvoie à la notion de « pertes et dommages » défendue dans les négociations internationales sur le climat.

En Guinée, cette problématique dépasse, selon lui, le seul cadre environnemental. Elle touche également le développement économique, la cohésion sociale, la sécurité alimentaire, l’aménagement du territoire et la protection des populations vulnérables. Le gouvernement reconnaît l’ampleur des défis
Les autorités guinéennes reconnaissent également l’impact grandissant du changement climatique sur les populations.

Le ministre de l’Environnement et du Développement durable souligne que le phénomène affecte déjà plusieurs secteurs, notamment l’agriculture, la pêche, l’habitat et la santé. « Le changement climatique touche déjà l’agriculture, la pêche, l’habitat, la santé, entre autres. Et nous devons avoir le courage de le reconnaître », affirme-t-il.

Pour le ministre, l’insuffisance des efforts mondiaux de réduction des émissions de gaz à effet de serre, combinée à une adaptation jugée trop lente, contribue à aggraver les conséquences du dérèglement climatique.
Il insiste notamment sur l’impact humain de ces bouleversements : des familles qui voient l’eau envahir leurs maisons, des agriculteurs et des pêcheurs qui perdent leurs moyens de subsistance, ou encore des communautés contraintes de quitter leurs lieux de vie.

Le ministre appelle ainsi à une approche fondée sur la justice climatique, en accordant une attention particulière aux femmes, aux jeunes, aux enfants, aux personnes âgées, aux personnes vivant avec un handicap et aux communautés dépendantes de l’agriculture, de l’élevage et de la pêche.

Une urgence pour Tayaki

À Tayaki, le changement climatique n’est donc plus une menace lointaine. L’avancée de la mer et la dégradation progressive de l’environnement ont déjà des conséquences concrètes sur la vie quotidienne des populations.

Entre les témoignages des habitants, les alertes de la société civile et la reconnaissance des autorités, une même urgence se dégage : apporter des réponses concrètes aux communautés vulnérables.

Pour les populations de Tayaki, il ne s’agit plus seulement de protéger l’environnement. Il est désormais question de préserver des terres, des moyens de subsistance, un patrimoine culturel et, surtout, la possibilité pour des familles de continuer à vivre dignement sur leurs terres.

Guinee114.com

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