Face à des besoins croissants en infrastructures, les États africains sont confrontés à un défi majeur : mobiliser d’importants investissements tout en préservant leur capacité à orienter leur développement économique. Dans ce contexte, les partenariats public-privé (PPP), souvent présentés comme un simple mécanisme de financement, pourraient jouer un rôle bien plus stratégique.
Pour l’économiste et consultant en stratégie et finances Yaya Keita, les PPP ne devraient plus être considérés uniquement comme un moyen de financer des routes, des ports ou des centrales électriques. Ils doivent également devenir des instruments de transformation économique, industrielle et technologique, au service de la souveraineté des États africains.« À mon sens, cette évolution est désormais nécessaire.La souveraineté économique ne se limite pas à la capacité d’un État à financer ses investissements. Elle repose également sur son aptitude à développer des compétences nationales, à renforcer son appareil productif, à maîtriser les technologies stratégiques et à créer durablement de la valeur sur son territoire.Dans cette perspective, un PPP ne devrait plus être évalué uniquement à travers le montant des investissements mobilisés ou la qualité de l’infrastructure réalisée.Son évaluation devrait également intégrer sa contribution à la transformation structurelle de l’économie.Selon lui, la souveraineté économique ne se limite pas à la capacité d’un pays à financer ses investissements. Elle implique aussi le développement de compétences nationales, la maîtrise des technologies stratégiques, le renforcement du tissu industriel et la création durable de valeur sur le territoire.Dans cette perspective, l’évaluation d’un projet de partenariat public-privé ne devrait pas reposer uniquement sur le volume des investissements mobilisés ou sur la qualité des infrastructures réalisées. Elle devrait également prendre en compte son impact sur la transformation structurelle de l’économie.» a-t-il déclaré.
L’analyse met en avant cinq axes prioritaires : le transfert de technologies et de savoir-faire vers les entreprises et institutions nationales ; le développement du capital humain grâce à la formation d’ingénieurs, de techniciens et de gestionnaires ; le renforcement du contenu local à travers une meilleure intégration des PME dans les chaînes d’approvisionnement ; l’industrialisation, en utilisant les infrastructures comme moteurs de nouvelles chaînes de valeur ; et enfin, la création d’emplois qualifiés et durables.« Plusieurs dimensions méritent ainsi d’être davantage prises en considération: la première concerne le transfert de technologies et de savoir-faire. Chaque projet devrait favoriser l’appropriation progressive des technologies, des méthodes de gestion et des compétences techniques par les entreprises et les institutions nationales,la deuxième porte sur le développement du capital humain. Les PPP peuvent constituer un puissant vecteur de formation des ingénieurs, techniciens, gestionnaires et spécialistes appelés à assurer l’exploitation, la maintenance et l’évolution des infrastructures sur le long terme,la troisième dimension est celle du contenu local. Une meilleure intégration des entreprises nationales, notamment des PME, dans les chaînes d’approvisionnement permettrait d’accroître les retombées économiques des investissements et de renforcer le tissu entrepreneurial local,la quatrième concerne l’industrialisation. Les infrastructures développées dans le cadre des PPP devraient être pensées comme des catalyseurs de nouvelles chaînes de valeur, favorisant la transformation locale des ressources, l’amélioration de la compétitivité des entreprises et la diversification des économies africaines et enfin la cinquième dimension réside dans la création d’emplois qualifiés et durables, condition indispensable à une croissance inclusive et résiliente.» a-t-il déclaré.
Toutefois, cette vision ne remet pas en cause les attentes des investisseurs privés. La réussite d’un PPP demeure conditionnée par une préparation rigoureuse des projets, un cadre juridique sécurisé, une répartition équilibrée des risques, une gouvernance transparente, des politiques publiques stables et une visibilité sur les flux financiers.
Pour Yaya Keita, le véritable défi consiste à bâtir des partenariats dans lesquels la rentabilité des investisseurs s’aligne avec les objectifs stratégiques des États.
À l’heure où l’Afrique ambitionne d’accélérer son industrialisation, sa transition énergétique, sa transformation numérique et son intégration régionale, les PPP pourraient ainsi évoluer d’un simple outil de financement vers un véritable levier de souveraineté économique. Une évolution qui exige une vision stratégique, des institutions solides et une gouvernance capable de concilier attractivité des investissements et création de valeur durable.« Les futurs PPP en Afrique devraient-ils être évalués non seulement à l’aune de leur performance financière, mais aussi de leur contribution au transfert de technologies, au développement du capital humain, à l’industrialisation, au contenu local et au renforcement de la souveraineté économique ? », s’interroge l’économiste Yaya Keita, ouvrant ainsi le débat sur l’avenir du développement économique du continent.
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