Les derniers limogeages opérés par le Président Mamadi Doumbouya ne seraient pas sans lien avec le dossier de la Corniche Tombo–Port autonome. Selon des informations (non confirmées), c’est l’examen de ce dossier, et notamment des conditions financières dans lesquelles le marché a été préparé et attribué, qui serait à l’origine des décisions prises contre plusieurs responsables ayant eu à connaître ce projet. En attendant le retour de KPC à Conakry le rapprochement avec la chronologie du marché est particulièrement troublant.
Le projet porte sur 2,3 kilomètres de route en 2×2 voies, pour une durée contractuelle de 24 mois, avec un montant de 433 milliards 991 millions 574 mille 697 francs guinéens TTC. L’entreprise attributaire est GUICOPRES, dirigée par Kerfalla Camara, dit KPC.
La procédure serait engagée en juin 2024 et, le 1er août 2024, GUICOPRES est retenue à titre provisoire sans appel d’offres. À cette époque, Mory Condé est ministre de l’Urbanisme, tandis que Mourana Soumah dirige le ministère de l’Économie et des Finances.
Selon des informations qui circulent, «le 02 octobre 2024, Mory Condé annonce le démarrage des travaux pour le lendemain. Pourtant, l’attribution définitive du marché n’intervient que le 25 mars 2025». Des précisions pour lesquelles les mis en cause devraient pouvoir donner leur version des faits.
En attendant, il faut ajouter que le lancement officiel du chantier intervient finalement le 22 décembre 2025. Cette succession de dates ne serait pas anodine : annonce du démarrage en octobre 2024, attribution définitive en mars 2025, puis lancement officiel en décembre 2025. C’est dans ce contexte qu’intervient la séquence politique actuelle, à savoir le limogeage des deux ministres.
Que va-t-il se passer pour KPC et GUICOPRES ?
C’est probablement la question que beaucoup se posent. Pour l’heure, aucune information officielle sur le sort qui pourrait être réservé au patron de GUICOPRES.
Selon des informations qui circulent, Kerfalla Camara KPC se trouvait à La Mecque au moment du limogeage de ses « partenaires » ministres. Son retour est très attendu à Conakry où sa société GUICOPRES et lui-même sont au cœur des débats sur de nombreux marchés.
Mais précisément : qu’est-ce qui justifie exactement ces 433,99 milliards de francs guinéens ? C’est à cette question que les responsables devront répondre.
Si l’examen du dossier a effectivement révélé une surfacturation, une mauvaise évaluation ou des irrégularités dans la procédure, alors les limogeages de responsables publics ne constitueraient que la première étape.
Car un marché public ne s’arrête pas au bureau d’un ministre. Il y a ceux qui l’ont conçu, ceux qui l’ont évalué, ceux qui l’ont validé, ceux qui l’ont attribué, ceux qui l’ont contrôlé et, surtout, celui qui l’a remporté.
La déclaration du Chef de l’État, publiée après ses décisions, fournit une indication politique majeure sur le sort de tous ceux qui sont associés à ce scandale.
Le Président Mamadi Doumbouya affirme avoir écourté son séjour pour revenir en Guinée et explique que les décisions prises à son retour sont guidées par la lutte contre la corruption et l’exigence d’exemplarité. Le Chef de l’État annonce publiquement qu’aucune proximité ne protégera les responsables impliqués dans des faits de corruption.
Cette déclaration tend, selon des observateurs, à confirmer la nature du dossier qui se trouve derrière cette séquence.
Dès lors que les responsables ayant occupé des fonctions déterminantes au moment où le marché de la Corniche a été engagé sont successivement écartés, rien ne devrait désormais protéger Kerfalla Camara KPC.
À suivre…
Avec Ibrahima Diarra


