À peine les premières grandes pluies de la saison tombées sur Conakry que les mêmes scènes inquiétantes refont surface : caniveaux débordants, tas d’ordures charriés sur la chaussée, eaux stagnantes et circulation paralysée. Dans plusieurs quartiers de la capitale, ces précipitations ont agi comme un révélateur implacable des insuffisances du système d’assainissement urbain.
Dans la commune de Matoto, l’alerte a été particulièrement visible ce mardi au carrefour Fodé Soumah, dans le quartier Sangoyah. Après les fortes pluies tombées dans la nuit, d’importantes quantités de déchets ont été drainées vers la voie publique, obstruant les passages d’eau et compliquant sérieusement la mobilité des usagers.
Face à ce constat, les autorités communales, sous la conduite du Secrétaire général Mamadi Nabé, ont engagé une vaste opération d’assainissement en partenariat avec plusieurs ONG environnementales. Objectif : procéder au curage des caniveaux, enlever les déchets accumulés et prévenir les inondations qui menacent déjà plusieurs zones sensibles de la commune.
Mais au-delà de cette intervention d’urgence, la situation soulève une problématique plus profonde : celle d’un système d’assainissement fragilisé par le manque d’entretien régulier, les occupations anarchiques et surtout l’incivisme persistant d’une partie des citoyens.
Selon les responsables communaux, de nombreux ménages continuent de transformer les caniveaux en dépotoirs, y déversant ordures ménagères, sachets plastiques et eaux usées. À cela s’ajoutent des constructions implantées sur les passages naturels d’évacuation, réduisant considérablement la fluidité du drainage.
« Chaque pluie devient désormais un test grandeur nature qui montre que notre environnement urbain reste extrêmement vulnérable », confie un agent mobilisé sur le terrain.
Conscientes du danger que représente cette situation à l’approche du pic de l’hivernage, les autorités de Matoto ont décidé de durcir le ton. Le Secrétaire général a instruit les PME de ramassage d’ordures de rendre systématique l’abonnement des ménages à leurs services de collecte. Dans le même élan, le service communal de l’habitat a reçu mandat de marquer toutes les constructions qui empêchent l’évacuation normale des eaux usées.
Cette réaction locale s’inscrit dans un contexte plus large où l’ensemble du Grand Conakry tente actuellement d’accélérer les opérations de curage pour limiter les risques de catastrophes récurrentes durant la saison pluvieuse.
Pour les habitants de Sangoyah, cette initiative arrive à point nommé. Beaucoup estiment toutefois que les campagnes ponctuelles ne suffiront pas si elles ne sont pas accompagnées d’un changement durable de comportement.
« Tant que chacun continuera à jeter ses déchets dans les caniveaux, nous revivrons les mêmes inondations chaque année », déplore un riverain.
À Matoto comme ailleurs, les premières pluies n’ont donc pas seulement apporté de l’eau : elles ont surtout mis à nu l’urgence d’une refondation de l’assainissement urbain et rappelé que la salubrité publique reste une responsabilité partagée entre autorités et citoyens.
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