(Par M’Bonet)-En réaménageant la structure du gouvernement il y a quelques jours, le chef de l’Etat donnait du grain à moudre aux politiciens et à nous autres qui scrutons l’échiquier politique. Beaucoup disaient ça y est, le moment est venu, il va les renvoyer tous pour faire appel à un gouvernement essentiellement d’acteurs politiques. Il ne peut s’en passer ! Ceux qui s’attendaient à un tel chambardement sont en majorité ceux qui, la main sur le palpitant, avaient prédit une année de toutes les concessions et de toutes les compromissions de la part des autorités. Et ce, simplement parce que le président Doumbouya a annoncé une année 2025 «cruciale pour le retour à l’ordre constitutionnel». Mais le palais n’a pas succombé à la tentation du clientelisme politique. Il a résisté et a fait preuve de courage et de sereinité.
Après la lecture mardi de la liste des membres du gouvernement Bah Oury 2, c’est la douche froide chez certains. Mais ceux qui, comme moi, y voient l’expression d’une sérénité du Général Mamadi Doumbouya, c’est un ouf de soulagement. C’est bien qu’il ait pu éviter ce piège de la démocratie qui voudrait qu’à la veille d’un scrutin, les postes soient distribués au gré d’interêts politiques et politiciens selon que les gens sont capables ou pas d’apporter des électeurs. Du clientélisme politique nuisible. C’est souvent un mariage de courte durée avec son lot d’affaiblissement de l’autorité de l’Etat face à la corruption, les détournements de deniers publics et la mal gouvernance.
Ceux qui se voyaient déjà dans le gouvernement au nom de leur activisme politique et ces autres qui vendaient des illusions sur les réseaux sociaux avec des CV et des portraits rafistolés pour la circonstance, doivent attendre une autre occasion. Pour le moment, c’est un gouvernement Bah Oury relooké, les ministres reconduits ou déplacés avec un effort de renforcement par quatre nouveaux entrants : Namory Camara à l’Energie, Celou Baldé à la Jeunesse, Mariama Siré Sylla à l’Agriculture, Fassou Théa à la Pêche et Laye Sékou Camara aux Infrastructures.
Les deux nominations qui pourraient être motivées par un profil d’acteur politique ou assimilé à cela, sont celles de Cellou Baldé et, à une moindre mesure, la nomination de dame Mariama Siré Sylla. Le premier est ancien poids lourd au sein de ce qui restait encore de l’UFDG affaiblie par de multiples départs. L’autre, désormais ministre de l’Agriculture, quoiqu’étant une illustre inconnue du landernau politique guinéen, est présentée par certains comme ayant des liens avec l’ancien porte-parole d’abord de l’opposition dirigée par Cellou Dalein, puis du gouvernement d’Alpha Condé. Il s’agit de l’honorable Aboubacar Sylla, ancien ministre et leader politique.
Et c’est tout. Namory Camara, ancien Directeur Général de l’APIP (Agence Guinéenne de Promotion des Investissements Privés) sous Alpha Condé et ancien DG de la SOGEAG, Laye Sékou, ancien DG de la guinéenne d’électricité EDG et Fassou Théa venu lui de la Primature, ont tous des profils absolument apolitiques.
Ainsi, le président Doumbouya n’a cédé ni au chantage des soutiens conditionnels de 25ème heure ni aux tentatives de pression des charlatans de Facebook, capables de prédire un destin de ministre même au plus fainéant des tocards. Et, c’est tant mieux.
Thierno Amadou Camara (M’Bonet)
Journaliste et Auteur



