L’établissement d’un fichier électoral et la convocation du corps électoral en début de semaine démontrent un peu plus la détermination des autorités de la transition à matérialiser le referendum constitutionnel prévu le 21 septembre. Le projet de constitution adopté au CNT à cet effet protège-t-il les entreprises guinéennes ? Qu’en pense la Confédération Générale des Entreprises de Guinée ? Ce sont entre autres questions que nous avons posées à Maria Diané, secrétaire générale de ladite organisation dans une interview qu’elle a bien voulu accorder à la rédaction de Guinee114.com.
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Guinee114.com : Récemment, lors d’une cérémonie organisée à la Primature, la CGE-GUI a marqué son adhésion à la campagne de vulgarisation du projet de nouvelle constitution. Dites-nous d’abord, Madame, est-ce que le patronat a été associé aux travaux préparatoires de rédaction de ce texte par le Conseil national de transition (CNT) ?
Maria Diané : Oui, nous affirmons que le secteur privé, à travers le Patronat guinéen, a été consulté dans le cadre de l’élaboration de la nouvelle Constitution.
Nous avons été partie prenante de ce processus. Une délégation mandatée par le Président du Conseil National de la Transition (CNT) s’est rendue au siège du Patronat pour recueillir la voix du secteur privé. À l’issue de cette étape, nous avons été conviés à une journée entière de travail avec le Président du CNT et ses équipes, juste après la finalisation du projet de loi constitutionnelle.
Ces échanges ont permis à la CGE-GUI de formuler des propositions et de faire entendre la position du secteur privé national sur les enjeux économiques, sociaux et structurels du pays.
Cela témoigne d’une volonté d’inclusion que nous saluons, car elle renforce la légitimité du processus et traduit le rôle reconnu du secteur privé comme acteur de la transformation nationale.
Qu’est-ce qu’il y a dans ce projet de nouvelle constitution qui justifierait un soutien du Patronat ? Le Président de la CGE-GUI, Monsieur Ansoumane Kaba, parlait par exemple du contenu local à l’occasion de cette cérémonie à la Primature. En quoi ce texte fait-il la promotion du contenu local ?
Le projet de Constitution consacre des principes majeurs en faveur de la souveraineté économique et de la promotion des entreprises nationales. La référence explicite au contenu local constitue une avancée importante. Elle traduit une volonté politique forte d’encourager la participation effective des entreprises guinéennes à l’exploitation de nos ressources naturelles, à travers la sous-traitance locale, la co-traitance, l’emploi national, le transfert de compétences, et la valorisation des chaînes de valeur internes.
L’article 6, alinéa j du sous-titre 3 du projet de Constitution, publié au Journal Officiel de la République, rend obligatoire la prise en compte du contenu local dans tous les secteurs de développement.
À cela s’ajoutent :
- L’article 168 du sous-titre 1 sur la Commission Nationale pour le Développement, qui parle de la protection des intérêts nationaux contre l’acquisition ou la cession de grandes étendues de terres agricoles par des entreprises étrangères, une préoccupation que nous avons exprimée.
- L’article 170 prévoit que les membres de cette commission seront choisis parmi les cadres les plus méritants des secteurs public, privé, de la société civile et du monde académique, confirmant la place du secteur privé dans la gouvernance stratégique du développement.
Enfin, l’article 23 reconnaît à toute personne le droit à un travail décent et précise que l’État crée les conditions nécessaires à l’exercice de ce droit.
Cela rejoint l’engagement constant du Patronat guinéen en faveur de la promotion du travail décent, aux côtés du Gouvernement et des syndicats.
Dans ce sens, un protocole d’accord tripartite a été signé le 15 novembre 2023, visant l’élaboration et l’harmonisation de conventions collectives assorties de grilles salariales dans tous les secteurs d’activité de notre économie.
Cette orientation constitutionnelle rejoint pleinement les combats du Patronat guinéen pour une économie inclusive, enracinée localement, créatrice d’emplois durables, et respectueuse des droits socio-économiques.
Quels autres articles de ce projet de nouvelle constitution vont dans le sens voulu par le Patronat guinéen ?
Plusieurs articles du projet sont en phase avec les aspirations du secteur privé.
- D’abord, la garantie de la liberté d’entreprendre, de la propriété privée, ainsi que la sécurité juridique et fiscale des investissements.
- Ensuite, la reconnaissance explicite du rôle stratégique du secteur privé dans le développement économique du pays — une nouveauté que nous saluons.
- La Constitution évoque également :
- la promotion des partenariats public-privé (PPP),
- l’intégration des femmes et des jeunes dans la vie économique,
- et la bonne gouvernance des ressources naturelles.
Tous ces éléments s’inscrivent en cohérence avec les revendications portées par la CGE-GUI depuis plusieurs années et montrent une volonté d’ancrer le développement national sur une base économique plus robuste et plus équitable.
Le Patronat envisage-t-il des démarches afin que les lois organiques et autres textes d’application puissent traduire les intentions exprimées dans la Constitution, si le projet venait à être adopté le 21 septembre ?
Oui, absolument. Notre responsabilité ne s’arrête pas à l’adhésion au projet de Constitution. Si celui-ci est adopté, la mise en œuvre concrète des dispositions économiques, sociales et institutionnelles sera décisive.
La CGE-GUI prévoit de s’impliquer activement dans l’élaboration et le suivi des lois organiques et textes d’application, pour garantir qu’ils traduisent fidèlement les ambitions du texte constitutionnel.
Nous proposerons notamment un cadre de dialogue permanent avec les autorités compétentes, afin que les futures mesures soient co-construites avec le secteur privé, dans un esprit de réalisme, d’équité et de performance.
Et surtout, le concept de co-traitance, tel que stipulé dans la Loi sur le Contenu Local, est pour nous un levier fondamental. Nous veillerons à ce que ce principe soit pleinement intégré dans les lois organiques, afin que les entreprises guinéennes puissent accéder équitablement aux opportunités économiques, et que les citoyens bénéficient directement des retombées de l’exploitation des ressources nationales.
Interview réalisée par Thierno Amadou M’Bonet
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